jeudi 23 septembre 2010

Mardi 14 septembre 2010.




Veli, hier après la conférence, a demandé à Catherine de revenir à Naxçivan pour aller visiter de nouveaux sites du Chalcolithiques découverts récemment par un de ses collègues géographe de l’académie. Catherine me demande de venir... On part donc vers 8h30 et se dit que nous serons de retour vers 14h... On ramasse Veli à l’académie. En route Veli nous annonce que l’on doit prendre en chemin le découvreur des sites. On roule donc avec notre veille Lada en direction de la montagne au nord-est de Naxçivan, donc dans le Caucase. Le monsieur en question habite la ville de Sirab, d’où l’on puise l’eau gazeuse du même nom, eau aux vertus médicamenteuses vendue en pharmacie à Moscou, mais qui fait notre breuvage quotidien à la maison... Cherchez l’erreur... Le monsieur en question demande à faire une halte à l’épicerie du village, Catherine veut y acheter quelques choses à grignoter, dans l’idée que l’on fait un aller-retour, notre ami refuse... Il prétend tout avoir chez lui. Étape suivante, chez lui... Il demande à sa fille ou sa bru, on ne sait pas trop qui est la jeune fille qui nous reçoit, de préparer des choses à manger et pendant ce temps, il remplit deux bouteilles dont on ignore alors le contenu. On repart encore, cette fois destination l’école de Sirab. Pourquoi ?! On rentre dans l’école, y salut le directeur, sous les yeux éberlués des enfants et enseignantes, qui voient débarquer des étrangers dans leur enceinte. On repart... Prend quelques chemins sinueux, et monte à la source de l’eau gazeuse en question, qui coule dans une gorge peu profonde. Le lit du ruisseau, car il s’agit d’un ruisseau en fait, est couvert d’une croûte de soufre, les abords moussent légèrement en raison de la présence de gaz dans l’eau... On prend quelques gorgées directement à la source... L’eau est hyper salée, et à un goût très ferrugineux... Pas terrible, elle est meilleure en bouteille...
On repart encore... Cette fois pour aller voir le fameux site...
On roule une bonne vingtaine de minute à flanc de montagne, une chance on est en 4x4, notre vieille lada niva tient encore bien le choc... On franchit des ruisseaux, des plaines d’alpages ou paissent quelques troupeaux, et on s’arrête sur une crête. On poursuit à pied... C’est sinueux, ça monte et ça descend, il fait chaud, il est presque midi. On descend à flanc de montagne, puis remonte, puis redescend et arrive enfin sur le site Chalco en question... Super interessant, des tessons de céramiques affleurent sur le sol. Ils ressemblent à ceux d’Ovçular, mais en plus récent... Sommes nous en présence d’une phase plus tardive et donc plus récente du matériel auquel nous sommes habitués ? Seul un sondage nous le dira... On poursuit notre prospection... Des dizaines de tessons, des lames en obsidienne (verre volcanique utilisé comme le silex, mais tellement plus précieux, ça brille !), autre trouvaille super intéressante : un moule à haches en métal et des scories. Ce site est donc certainement un lieu de production de métallurgie et sans doute aussi de céramique. Donc on attend les années à venir pour y faire quelques sondages et tester le potentiel du site. Ce qui est génial avec ce site, c’est sa localisation, à proximité de la mine de sel de Duz Dagi, de la ville de Naxçivan et surtout du site de Kül Tepe, qui est un site majeur pour les périodes qui nous intéressent.

Mercredi 15, jeudi 16 et vendredi 17, je poursuis l’archivage des tessons que je vais couper, et ramener à Montréal. Ils sont tous photographier recto et verso, car ils vont être partiellement détruit et il est impératif d’en retenir le plus d’informations possible. La photographie s’avère donc être un outil de choix pour nous archéologues. Je passe donc sous l’objectif mes 150 tessons, recto verso, parfois je les photographies de profil pour avoir une idée de la forme des pots qu’ils ont constitués. Je complète ces photos de mes tessons par des photos des formes entières qui sont restaurés. Cette fois-ci ce n’est pas pour les couper, mais pour avoir un maximum d’information sur les techniques de façonnage des pots : bols et jarres sont donc archivées à diverses échelles, entiers, de profil du dessus, du dessous, à l’intérieur et à l’extérieur en gros plan et avec des plans plus généraux. Il s’agit cette fois-ci de documenter toutes les traces (macrotraces) laissées par le potier sur ses pots pour restituer les techniques de façonnage et donc les savoir-faire entre 4300 et 2600 avant J.-C. Au final, je rentre avec près de 3000 photos dont 970 constituent les photos d’ambiance, car de l’ambiance il y en avait sur le terrain...

Dès le vendredi avec Rémi on commence à mettre de l’ordre dans le base. Il faut tout ranger, et après 6 semaines d’intense occupation par une quinzaine de chercheurs, il y a de quoi ranger... On commence tranquillement par tout ce qui est accessoires, la pompe à eau, le système de flottation pour récupérer les graines, charbons et micro restes de faune. Avant son départ, César a classé toute la céramique découverte cette années en deux catégories, les tessons dits diagnostiques que j’étudie, et les tessons non diagnostiques (tessons de panses et fragments sans signification majeure), ce matériel est rangé dans des caisses et empilées dans le dépôt. Le vendredi matin je remonte sur le site avec 3 ouvriers Hüseyin, Elvin et un troisième dont j’ai oublié le nom. On a pour mission de recouvrir les chantier les plus importants d’une grande toile de géotextile qui va protéger les niveaux archéologiques dégagés. Pendant que les gars tirent les toiles, et les recouvrent de terre, j’ai une mission remplir... Dégagé le parement d’un mur en terre crue.l le mur fait environ 1m de haut sur 2m de long et 25 cm de large. Pendant la fouille, ils n’ont pas réussi à trouver le module (taille) des briques. Je passe donc 1h20 à redresser le mur au piochon et à le racler à la truelle, ma truelle est super pour la brique, fine, usée, mais elle donne une sonorité très particulière aux briques en terre crue. Je réussie donc à trouver 6 assises de briques et les joints qui les relient, une fois terminé ce mur est magnifique, en plus avec la lumière rasante et chaude du matin c’est encore plus beau.
En fin de journée ce vendredi, on se met à faire un trou dans le verger avec Rémi, pour faire cuire les pots expérimentaux que j’ai fait pendant la mission. L’idée n’est pas de les ramener mais de ramener les pieds d’éléphants qui eux permettent de tester la plasticité des pâtes. Donc on fait un trou de 50 cm de large sur 30 de profond, j’y mets de la paille, les pots, du bois, et on recouvre le tout de bois, on allume... Ça flambe... On entend rien éclater. Les pots sont bien secs. La cuisson commence vers 17h, vers 18h30 je mets un plaque sur le feu, tout notre bois est déjà consumé, il était trop sec et est donc vite parti en fumée. Je laisse la plaque jusqu’au lendemain matin. Vers 8h samedi on ouvre le four, il est encore chaud, malgré les quelques gouttes de pluie qui sont tombées pendant la nuit. Je sors les pots un à un, la paille dans le fond du four n’a même pas cuit. Les effets de cuisson sont divers, les pots sont tous enfumés, le pot que j’avais poli est super chouette, il ressemble à de la Kuro-Araxe, en plus rustique, donc il se peut que l’enfumage soit du panel des techniques de cuisson de cette production. Pour ce qui est des pieds d’éléphants la première chose que l’on remarque est la différence de sonorité des pâtes, en fonction de leur composition, avec ou sans pailles, les argiles sonnent plus ou moins métallique, plutôt sourdes pour les pâtes avec paille.... Affaire à suivre, avec une potière, insh allah !!!

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